L'anniversaire d'Isabelle
Pour ses douze ans, j'invite ma fille à un concert de musique classique ...dont elle a été
nourrie.
Nous nous rendons au Schloss Mirabell où l'enfant Wolfgang Amadeus Mozart avait donné ses premiers concerts.
Avec émotion nous gravissons l'escalier monumental pour nous installer dans la petite salle de concert dite : "Marmor Sall".
...Parce qu'elle est toute de marbre, de miroirs, et de gracieuses stucatures dans le plus élégant style
baroque.
Ma fille s'assied en plein centre du premier rang
afin de ne rien perdre du spectacle,
et moi à ses côtés.
Les spectateurs sont dirigés vers des rangées latérales à la petite scène, puis d'autres dans toute la pièce qui se trouve rapidement pleine.
Enfin les artistes sortent un à un de derrière l'épais rideau de velours rouge et saluent respectueusement le public qui les acclame.
Ils sont cinq, soient quatre musiciens et un chef d'orchestre, tous jeunes et beaux...
sauf le chef qui vient du soleil levant et qui,
malgré son visage poupin en voie de développement
affiche une très petite taille fluette qui
disparaît dans l'habit à queue de pie
qu'il arbore par obligation.
Silence !
Attaque !
Les artistes jouent et le chef dirige avec énergie...
à trois mètres de ma grande fille.
C'est alors qu'un comportement étrange alerte mes sens à l'affût de
la bonne mère mère poule que je suis :
Isabelle pleure, grimace, secoue ses épaules dans un rythme effréné et s'essuie les yeux et le visage aussi discrètement que possible.
Elle a le fou-rire !
Elle parvient à me souffler à l'oreille :
"Rumpelstizchen" !
Or Rumpelstitzchen est le héros d'un conte pour enfants.
Il est très méchant et très énervé
et ressemble au produit improbable du croisement
de Zébulon et Speedy Gonzalès !
Effectivement
la queue de pie s'agite frénétiquement
tout comme les bras, la tête et la baguette.
Mon héroïsme à dissimuler le fou-rire qui m'a gagné
n'échappe pas aux spectateurs des rangs latéraux
qui commencent eux aussi à se tordre discrètement au vu du reste de la salle qui fait de même.
En conclusion,
ce fut épouvantable !
Malgré nos rappels rythmés
les artistes ne vinrent pas nous saluer comme l'usage le veut.
Je m'en veux atrocement d'avoir choqué ces jeunes musiciens plein de talent et qui n'ont jamais su la cause du comportement de leur public ce soir-là.
Mon conseil :
n'emmenez jamais de vrais humoristes congénitaux
là où vous n'êtes pas sûr de leurs réactions !
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